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Une réponse au bout du fil
Par SOLANGE BERGER
La Libre Belgique. Mis en ligne le 15/01/2007
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On ne travaille bien que si l'on se sent bien. Mais, dans le cas contraire, comment aborder son mal-être ? A qui en parler ? Il existe des solutions simples mais trop souvent ignorées.
Analyse
Stress, absentéisme, turnover important,... le mal-être au sein des entreprises et organisations est un fait bien établi. Une explication ? "L'être humain fonctionne par périodes de tension et périodes de détente", explique Lucien Steru, psychiatre et fondateur de la société Humaxis qui propose des solutions pour améliorer le bien-être au travail. "L'homme est fait pour cela. Tout un temps, cela marchait bien : les gens travaillaient de 9h à 18h - période plutôt de tension - et puis, rentraient chez eux retrouver leur famille - période de détente. Avec les nouvelles technologies, les gens restent désormais connectés 24h sur 24 avec leur travail et n'ont plus cette période de récupération qui est très importante. Cette situation risque de mener à un stress chronique. A cela s'ajoute la culture de la performance. Un exemple : la semaine, un vendeur souhaite être le plus performant possible au travail; le week-end, il veut être le meilleur dans un sport. Quand récupère-t-il ? Il y a récréation, mais pas récupération."
C'est le besoin d'apporter des solutions concrètes à des problèmes de mal-être qui a poussé ce psychiatre à créer son entreprise. "J'ai exercé comme psychiatre et ai également beaucoup travaillé à la recherche sur des médicaments agissant sur le bien-être. Je suis même devenu manager d'une société pharmaceutique. J'ai découvert toute une technologie du bien-être dans les pays anglo-saxons et j'ai décidé de l'adapter à nos organisations." Créée en 2004, Humaxis a pour objectif de mettre les techniques les plus modernes de la psychologie d'entreprise au service du bien-être au travail et à la réduction du stress.
"Le lien entre bien-être et productivité au travail est évident. Dans les années 20, aux Etats-Unis, on savait déjà qu'un ouvrier de l'industrie automobile qui se sentait bien produisait plus de pièces", explique Lucien Steru. Et inversement le mal-être nuit à la productivité. Mais comment solutionner le problème ? "En Belgique, on assiste à un véritable paradoxe : par rapport aux pays anglo-saxons, nous sommes très en avance sur le plan législatif avec la loi de 1996, mais, par contre, nous sommes en retard sur le plan des actions concrètes."
Et pourtant, il existe des solutions. "Le bien-être est une notion à la fois individuelle et collective", précise avant tout Jean-François Berleur, directeur d'Humaxis. "Nous intervenons sur ces deux pôles. Et les deux sont d'ailleurs souvent liés et ont un impact évident l'un sur l'autre."
Conseil psychosocial
Pour parvenir au bien-être individuel, Humaxis propose un EAP (Employee Assistance Program). "Nous parlons plus volontiers de conseil psychosocial qui va permettre au salarié de gérer son stress, parler de ses problèmes, demander des informations et, surtout, trouver des solutions." Le principe : une ligne téléphonique ouverte 24h sur 24 et accessible à tout salarié et aux personnes vivant sous son toit, avec, à l'autre bout, des psychologues qui sont là pour solutionner des problèmes d'ordre professionnel ou privé. "Les psychologues sont formés à des techniques récentes de soutien que nous appelons "orientées solutions". L'idée est de trouver une solution aux problèmes posés et d'arriver à construire cette solution. L'idée de cette solution est importante car le mal-être de la personne va continuer à poser problème tant qu'elle n'a pas une piste de solution", précise Eric Lorio, psychologue et directeur d'Humaxis.
La ligne téléphonique est apparue comme la meilleure solution. "Le téléphone est immédiat. Les gens doivent pouvoir solutionner le problème quand ils ont envie de le faire. Attendre parfois un rendez-vous ôte l'envie d'en parler. Ici, il n'y a pas de rendez-vous à prendre, de démarche difficile à faire : juste composer un numéro gratuit", explique Lucien Steru. "Le téléphone est aussi anonyme. C'est très important pour les gens. Nous avons même supprimé toute traçabilité de leur appel."
La ligne est accessible aux salariés - dont l'entreprise a pris un abonnement - et à leur famille proche. Quelque 60 pc des appels concernent des problèmes privés. "Nous ne traitons pas que des problèmes psychologiques, mais tout élément qui pourrait être source de stress. Nous pouvons ainsi fournir des informations sur les gardes d'enfants malades, sur les endroits où il est possible de trouver des informations en ce qui concerne un divorce..."
Si un appel ne suffit pas, un suivi peut-être prévu au téléphone avec le même psychologue ou sur rendez-vous. "Cela dépend de l'abonnement que l'employeur a pris. Mais 70 pc des questions posées trouvent une solution au téléphone", précise Eric Lorio.
"Les gens ne doivent pas avoir peur d'appeler", note Lucien Steru. "Ce service, qui paraît étranger encore aux Belges, est utilisé par 100 millions de personnes dans les pays anglo-saxons ! Cela rentre peu à peu dans les mentalités chez nous."
En collectif
A côté de cette solution individuelle, Humaxis propose aussi des solutions collectives. "Il ne s'agit pas seulement de gestion du stress, mais aussi de gestion des relations qui, elles, influent sur le stress. Il s'agit d'une formation coaching avec un suivi concret dans l'entreprise."
Enfin, puisque le collectif et l'individuel sont indissociablement liés, la société propose une formation "fluidité relationnelle" qui fait converger des solutions individuelles et collectives.
Mais si le mal-être est bien réel, il est souvent nié chez nous. "Ni les organisations, ni les entreprises, ni les travailleurs eux-mêmes n'ont envie de reconnaître que quelque chose va mal", constate Lucien Steru. "Par pudeur sans doute."
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