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Hold-ups en Belgique
in Eric Lorio, Panopticon, n° 2000/3, mei/juni 2000, pp. 281-284.
Les hold-ups forment un phénomène criminel extrêmement violent et, malheureusement, de plus en plus fréquent. Néanmoins, certains signes font penser que 1998 fut enfin une année de changement.
Définition
Depuis 1976, les autorités judiciaires et les services de police utilisent la notion de hold-up afin d’isoler certains vols à main armée. Un hold-up a été défini comme "le vol ou l’extorsion ou la tentative de vol ou d’extorsion commis soit en un lieu où, en raison d’activités professionnelles, sont détenus ou sont susceptibles d’être détenus des fonds ou des valeurs importants, soit sur des personnes qui, de par leur profession, sont en possession de valeurs ou de fonds importants, si à l’encontre de personnes, l’auteur a employé ou montré des armes ou des objets qui y ressemblent ou si l’auteur a fait croire qu’il était armé, ou s’il a fait usage de substances inhibitrices ou toxiques." Il s’agit donc des vols à main armée commis sur certaines cibles telles que les banques, les grandes surfaces, les bijouteries, les transports de fonds, les facteurs,...
Évolution historique
Le premier graphique présente l’évolution du nombre de hold-up en Belgique depuis 1977 et enregistrés par la Section Hold-up du Bureau Central de Recherche de la Gendarmerie. L’augmentation est sensible, voire inquiétante. En effet, depuis le pic des années 1985-86, ce phénomène criminel a atteint un sommet historique en 1997. Heureusement, cette aggravation a été enfin stoppée puisque nous avons enregistré l’année passée une diminution de 4% du nombre de faits. Mais si nous pouvons nous féliciter de cette accalmie, une analyse plus détaillée nous oblige cependant à la relativiser.
Répartition des cibles
Toutes les cibles ne sont pas attaquées de la même manière. Les banques, les grandes surfaces, les bureaux de postes et les facteurs constituent les cibles principales : 3 hold-up sur 4 sont commis sur ces seuls objectifs ! D’un autre côté, certaines cibles ont connu en 1998 une augmentation du nombre d’attaques (les banques, les grandes surfaces, les tiercés, les bijouteries et les agences de change) alors que pour les bureaux de postes, les facteurs et les transports de fonds, la diminution est remarquable, respectivement de 32%, 21% et 73%. Ces diminutions sont si fortes qu’elles expliquent à elles seules la diminution générale constatée en Belgique l’année passée. Ces évolutions divergentes pourraient trouver une explication par l’amélioration des mesures de sécurité (comme par exemple les transports de fonds escortés par la Gendarmerie) et par le déplacement des auteurs qui sélectionneraient alors d’autres cibles.
Risques
Les taux de risques, c'est-à-dire le rapport entre le nombre de hold-up et le nombre de cibles potentielles, constituent une information capitale et laissent entrevoir quelques différences notables. Les taux de risques sont les plus élevés pour les agences de change (10%, ce qui signifie qu’une agence sur 10 est attaquée dans l’année), pour les mutualités et les bureaux de postes (plus de 6%). Quant aux banques et bijouteries, leur taux de risque a atteint 2,2% en 1998, soit un doublement en seulement 7 ans.
Répartition géographique
La carte suivante est consacrée à la répartition des hold-up commis en 1998 parmi les différents districts de la gendarmerie. Elle reprend deux informations nécessaires pour mieux cerner ce phénomène criminel.
La première information, représentée par les cercles noirs, indique la répartition du nombre absolu de fait. La distribution inégale saute immédiatement aux yeux. Les districts de Charleroi et Liège sont les plus touchés et représentent d’ailleurs à eux-seuls 46% du total des hold-up commis en Belgique. Mais le nombre de fait n’est pas tout. Il est en effet essentiel de relativiser les nombres absolus par la taille des districts dont le nombre d’habitants constitue un excellent indicateur.
La seconde information est donc représentée par les couleurs des différents districts. Plus le rouge est intense, plus le nombre de hold-up par 10.000 habitants est important. Bien sûr les districts de Charleroi et de Liège apparaissent les plus relativement touchés mais une vaste zone entourant Charleroi et s’étirant vers Bruxelles et Anvers connaît une densité de hold-up supérieure à la moyenne belge.
Ainsi, deux axes principaux sont mis en évidence : un axe Mons-Liège et un axe Charleroi - Bruxelles - Anvers. Il semble également opportun de suivre attentivement l’évolution des districts situés sur ces axes ou voisins. Une "contamination" est toujours possible puisque les auteurs peuvent se déplacer et ils n’hésitent d’ailleurs pas à le faire.
Les victimes
L’année 1998 présente une situation contrastée par rapport à 1997. En effet, il y eut 5 morts (auteurs et victimes confondus) lors des hold-up en 1998 contre 3 l’année précédente alors que les blessés sont nettement moins nombreux : 45 en 1998 contre 68 en 1997 (-35%).
Quant au risque d’avoir une victime tuée ou blessée par fait, il diminue logiquement (5% en 1998 contre 7% en 1997). En d’autres termes, il y a statistiquement une victime blessée ou tuée par 20 hold-up (1/14 en 1997).
Néanmoins, le risque pour l’intégrité physique est le plus élevé pour les transports de fonds et augmente sérieusement. Le rapport entre le nombre de morts et blessés par rapport au nombre d’attaques de fourgons (non postaux) a presque triplé en 4 ans, passant de 53% à 150% ! Preuve s’il en est que ce type d’attaque est confronté à un accroissement considérable de la violence.
Les auteurs
En moyenne, les témoins ont signalé 2,25 suspects par hold-up en 1998, en augmentation sensible depuis au moins trois ans.
Dans deux cas sur trois, les hold-up sont commis par deux auteurs ou plus. Mais les différences entre les groupes de cibles sont flagrantes. Toujours en moyenne, les mutualités (1,5 participants par hold-up), les tiercés (1,8) et les facteurs (1,8) sont attaqués par moins de deux personnes alors que les banques (2), les postes (2,4), les grandes surfaces (2,5) et les bijouteries (2,7) sont confrontées à des participants plus nombreux.
Le nombre de participants par fait pourrait témoigner du niveau d’organisation, de préparation, voire de professionnalisme des auteurs et est, bien évidemment, lié au type de cible choisie.
Moyens et techniques
Cette professionnalisation des auteurs se remarque encore dans les armes utilisées (jusqu’à des bazookas), le nombre de véhicules utilisés (et généralement volés) pour commettre un hold-up, les planques (parfois même à l’étranger), l’organisation parfois extrêmement développée, sans oublier le nombre parfois impressionnant de complices chargés de fournir le matériel ou l’infrastructure nécessaire.
Tout ceci indique clairement qu’un grand nombre d’auteurs sont bien organisés et expérimentés.
Un mot sur 1999
Pour l'année passée, nous ne disposons encore que des données provisoires et le total risque de gonfler quelque peu. Il n'empêche que nous pouvons constater une diminution de 8% du nombre total de hold-up par rapport à 1998. La tendance à la baisse se confirme donc mais elle est essentiellement provoquée par une diminution des attaques sur les banques et elle est nettement localisée sur l'arrondissement de Liège qui passe de 183 hold-up en 1998 à 106 en 1999.
Conclusions
L’impression générale qui découle de cette analyse est mitigée. D’une part, on assiste à un tassement, c'est-à-dire à une légère diminution du nombre total de hold-up mais, d’autre part, le tableau est nettement plus contrasté. Certaines cibles voient leurs risques de connaître un hold-up diminuer (les postes et les facteurs) alors que pour les banques, les grandes surfaces, etc. la situation tend au mieux à se stabiliser, sinon à s’aggraver. En d’autres termes, les déplacements des hold-up entre et parmi les groupes de cibles sont fréquents et doivent être suivis.
Il en va de même au niveau des auteurs. Le nombre de participants par fait augmente, l’usage dans certains cas (essentiellement les transports de fonds) de violence aveugle inquiète, les moyens mis en oeuvre par les auteurs peuvent être considérables et la présence d’organisations criminelles actives dans les hold-up est maintenant établie. Ces multiples indices laissent à penser que nous assistons actuellement à une amélioration de l’organisation des auteurs, à une sorte de professionnalisation.
Bien sûr, les auteurs ne sont pas tous de grands professionnels, il y aura toujours des amateurs et des débutants mais la tendance est là, de plus en plus nette. Les auteurs s’adaptent à l’amélioration des mesures de sécurité, à la pression policière.
Alors, si l’aspect quantitatif du phénomène paraît enfin maîtrisé, il demeure donc essentiel de continuer à investir dans ce phénomène afin de stopper au plus vite cette professionnalisation croissante.
© Eric Lorio, analyste stratégique hold-up à la Gendarmerie
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